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40 ans de soumission de la France face à l'islam

40 ans de soumission de la France face à l'islam

Emmanuel Macron s'est rendu récemment à Mulhouse pour évoquer les moyens de contrer le “séparatisme islamiste”. Si l'expression est neuve, le problème, fruit de quarante ans d'aveuglement et de lâcheté, est aussi vieux que le président.

Évidemment, c'est très gênant. Le chef de l'État, garant de la loi, pris en photo à 30 centimètres d'une jeune femme en infraction manifeste avec celle-ci ! Et pas n'importe quelle loi : celle, polémique, explosive, ayant trait au port du voile intégral dans l'espace public. Les réseaux sociaux se régalent du cliché. L'Élysée, beaucoup moins. Si l'on s'y refuse à commenter officiellement la “séquence” pour ne pas en rajouter, en coulisses, on fait assaut d'explications embarrassées. « Le président ne l'a d'abord pas vue, il lui tournait le dos » ; « Ce n'était pas de la provocation de sa part, elle a confié à un journaliste local qu'elle avait simplement peur d'être reconnue » ; « Quand elle pose ensuite à côté d'Emmanuel Macron, elle a rebaissé son voile » ; « Elle l'avait déjà baissé au début, ce qui explique que la sécurité semble ne pas la voir » , etc. On comprend la gêne. Emmanuel Macron souhaite se mêler à la foule, la sécurité est sur les dents et se concentre davantage, c'est son rôle, sur la personne physique du président que sur le respect de la loi 2010-1192.

Peu importe la scène en elle-même. La seule question qui vaille est “comment en est-on arrivé là ?”

On comprend, mais en vérité le problème est ailleurs ; il réside dans le fait que, cette jeune femme, personne ou presque, sur le coup, ne l'a remarquée. Personne n'a vraiment fait attention à son voile, au caractère complet ou non de ce vêtement si symbolique, tout simplement parce qu'il fait partie du décor. Dans le quartier de Bourtzwiller, à Mulhouse, porter un voile, plus ou moins intégral, est une chose qui se fait, visite présidentielle ou pas. On peut se demander comment aurait réagi Emmanuel Macron si la situation lui était apparue plus clairement. « Une chose est certaine : la loi doit être pleinement appliquée » , rassure-t-on à l'Élysée. Pour cette fois, on passera l'éponge. Peu importe, du reste, la scène en elle-même. La seule question qui vaille est la suivante : comment en est-on arrivé là, à Mulhouse ou ailleurs en France ?

« Le jalon essentiel, c'est 1973, explique Paul-François Paoli, qui vient de publier Aux sources du malaise identitaire français (L'Artilleur). Je sais que tout le monde parle de 1979, la révolution iranienne, ou de 1989 avec les foulards de Creil, mais, pour moi, tout se joue avant. Pour qu'il y ait des islamistes, pour qu'il y ait un problème islamiste, il fallait qu'il y ait un terreau propice à l'islamisme, et ce terreau, c'est l'immigration de masse, notamment en provenance du Maghreb, qui l'a constitué. » Le jalon essentiel commence par un fait divers. En 1973, à Marseille, un immigré algérien est assassiné à la gare Saint-Charles. Pour dénoncer ce crime raciste, l'Algérie annonce qu'elle va, en représailles, cesser toute émigration à destination de la France. « Eh bien, croyez-le ou pas, reprend Paoli, on a assisté à une levée de boucliers : les syndicats, le patronat, la gauche, l'Église, tout le monde s'est écrié : “Il faut que l'immigration continue !” »

Le piège se referme en 1989

Le scénario du pire était sur les rails. Ancien journaliste au Monde, auteur d'un ouvrage intitulé le Grand Abandon (L'Artilleur) dans lequel il cherche à comprendre pourquoi notre société a si peu résisté à des changements si profonds, Yves Mamou privilégie de son côté quatre grandes dates. Quatre actes d'une pièce tragique. « Je prends d'abord 1975, quand le Gisti [Groupe d'information et de soutien aux travailleurs immigrés] obtient devant le Conseil d'État l'annulation des circulaires Marcellin-Fontanet de 1972 qui liaient la présence des immigrés en France à un contrat de travail et à un logement. Par cet acte juridique, le gouvernement de l'époque se voit interdire de réguler les flux migratoires en fonction des besoins économiques du pays. » Toute restriction à l'arrivée de populations immigrées sera désormais analysée comme “raciste” et attentatoire aux droits de l'homme. L'immigration restera massive. Les bases pour l'établissement d'une contre-société sont posées.

Autre date clé, selon Yves Mamou : 1984 et la fondation de SOS Racisme. « Un antiracisme de nouvelle génération voit alors le jour, qui dissimule un authentique projet de société où le migrant — et le migrant musulman en particulier — cesse d'être un travailleur en quête d'emploi pour devenir une “victime”. » Au nom des “droits” de cette victime, l'antiracisme va alors remodeler la société française. Celle-ci, qui professe que l'attachement à la nation prime toute autre considération, cède peu à peu le pas à une autre société, où non seulement l'appartenance ethnique est prise en compte, mais où cette appartenance ethnique est génératrice de “droits”. Le piège se referme et, très vite, le problème de l'islamisme perce sous la question de l'immigration. La preuve en est donnée, cinq ans plus tard, avec les désormais fameux foulards de Creil. « Une affaire particulièrement symptomatique de la lâcheté, voire de la complicité des élites avec l'islam politique », analyse Yves Mamou, qui rappelle qu'il faudra attendre 2004 pour qu'une loi interdise le foulard à l'école. « Entre-temps, les organisations islamistes auront tenté, quinze ans durant, de planter les signes de l'islam politique au cœur de l'école républicaine. »

2002, début du “djihad des tribunaux”

Vient ensuite 2002 et un événement qui, sur le moment, a pu apparaître anecdotique et qui marque en réalité le début de ce que certains spécialistes appellent “le djihad des tribunaux” : le procès intenté à l'écrivain Michel Houellebecq par des organisations musulmanes et la Ligue des droits de l'homme (LDH) pour “incitation à la haine”. Dans un entretien accordé au mensuel Lire, à l'occasion de la parution de son roman Plateforme (Flammarion), Houellebecq avait en effet déclaré : « La religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré. » Déboutés en première instance, les plaignants ont renoncé à faire appel. Mais ce n'était qu'une question de temps. « Suivront les procès à Charlie Hebdo, Pascal Bruckner, Éric Zemmour, Georges Bensoussan, Mohamed Louizi, Riposte laïque… Tous ces procès sont généralement gagnés par les intellectuels poursuivis, mais le but est d'épuiser la critique, de réduire la liberté d'expression et donc la liberté de critiquer les religions et principalement l'islam », analyse Yves Mamou.

Auteur d'un remarqué la France au miroir de l'immigration (Gallimard), Stéphane Perrier a, lui aussi, coché cette date de 2002. « C'est à partir de ce moment-là , explique-t-il, avant même l'affaire des caricatures de Mahomet, qu'on a vu des responsables musulmans se manifester publiquement contre la liberté d'expression, dès lors que celle-ci s'exerçait aux dépens de l'islam. » Avant ce tournant, l'essayiste retient la fameuse Marche pour l'égalité et contre le racisme, dite “Marche des beurs”, à l'automne 1983, « avec cette visibilité nouvelle des foulards palestiniens », mais également les Elco, ces enseignements de langue et de culture d'origine dont Macron vient précisément d'annoncer qu'ils allaient évoluer. « C'est un point très important, analyse Stéphane Perrier. Tout le monde a oublié que ces enseignements devaient permettre aux enfants de conserver la pratique de leur langue d'origine dans le but d'un retour au pays. Or, quand ce but s'est évaporé, au lieu de supprimer les Elco, on les a conservés pour que les enfants gardent un lien avec leur culture… alors qu'il était clair qu'ils resteraient en France ! C'est très significatif d'une renonciation au projet d'assimilation. »

Le dernier acte de ce renoncement est très récent. Le 12 janvier 2015, au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, Christiane Taubira, garde des Sceaux, enjoint par circulaire à l'ensemble des parquets de France de combattre « avec la plus grande vigueur » « les propos ou agissements répréhensibles, haineux ou méprisants, proférés ou commis en raison de l'appartenance à une religion ». « Or, cette circulaire, commente Yves Mamou, ne part pas en guerre contre le djihadisme, qui vient pourtant de décimer une rédaction et d'assassiner des juifs, mais se préoccupe de traquer toute parole hostile à l'islam. Destinée à museler toute parole anti-islamiste — car les mots “appartenance à une religion” ne pouvaient avoir d'autre signification —, elle n'a jamais été abrogée. »

La reconquête républicaine ? « C'est une illusion », juge Paul-François Paoli

Le positionnement des grandes institutions juridiques françaises procure d'ailleurs un sentiment pénible. Qu'on pense au Conseil constitutionnel : censure de la réforme du droit d'asile ; opposition aux statistiques ethniques ; oui aux écoles coraniques ; oui à l'indemnisation des civils algériens. Un “activisme” plus prononcé encore à l'échelon du Conseil d'État : non à l'interdiction de la burqa, oui au financement des cultes par les collectivités locales, oui encore aux mères voilées en sortie scolaire, au burkini, non au licenciement d'une employée de crèche voilée, oui encore au port du voile pour les élèves infirmières. Mais ce n'est pas tout. Au-dessous de ces références suprêmes du droit français, il y a l'école, l'Université et toute une galaxie d'associations, d'organisations, d'observatoires, de comités, de hauts conseils : le Conseil supérieur de l'audiovisuel, la Caisse nationale d'allocations familiales, le Planning familial, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, la Ligue des droits de l'homme, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples : tout un écosystème a œuvré, année après année, à attaquer sans répit le corps national pour y installer de plus en plus profondément, durablement, irrémédiablement, l'écharde islamiste.

Que propose aujourd'hui Emmanuel Macron ? La « reconquête républicaine » ? « C'est une illusion, juge Paul-François Paoli. C'est du narcissisme républicain. Ces fameuses valeurs auxquelles tout le monde est supposé vouloir adhérer. Quand va-t-on comprendre que l'islam propose un universalisme plus complet et plus puissant que le nôtre ? Les musulmans s'en moquent, de la République. » En vérité, c'est la France, qu'il faudrait proposer. Cette France détricotée, décomposée, éviscérée et dont il reste aujourd'hui si peu de chose. « Contrairement à ce que croient presque tous les partis, notait Pierre Manent dans Situation de la France (Desclée de Brouwer), la seule chance d'une participation tolérablement heureuse de l'islam à la vie européenne réside dans le regain des nations et non pas dans leur effacement. » C'est peu dire que nous n'en prenons pas le chemin.

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