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À Brest, un lycéen impliqué dans des projets d’attentats islamiques

L’enquête sur les sept interpellés de Brest, en janvier, confirme le rôle de premier plan d’un lycéen de 16 ans dans les projets d’attentats à Brest et Paris. Autre surprise glaçante : le passé de combattant djihadiste du leader présumé de ce groupe, un réfugié syrien.

Au début, tout le monde a douté. À Brest, des personnes prêtes à commettre un attentat ? Prêtes à frapper la ville où, pour certaines, elles avaient grandi ? Pas ici.

Sur les sept suspects interpellés le 20 janvier dernier dans la région brestoise, cinq sont nés ou ont grandi dans le Finistère. Trois sont présentés comme « des enfants du pays » (notre édition 25 janvier). Il y a même un mineur : M., un lycéen brestois âgé de 16 ans. Son interpellation provoque alors l’incrédulité. Jusqu’à ce qu’il soit mis en examen par un juge antiterroriste, le 24 janvier, pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Une infraction passible de trente années de réclusion criminelle.

Des cibles à Brest et Paris

Signe que les faits sont graves, l’adolescent est placé en détention provisoire, comme les six autres mis en examen. Un cas de figure rare pour un mineur, de surcroît inconnu des services de police. Les enquêteurs en sont convaincus : l’adolescent, né à Brest mais de nationalité marocaine, a joué un rôle de premier plan dans les projets mis au jour. Son extrême détermination a surpris. Il voulait à tout prix commettre un attentat au nom de l’État islamique, auquel il avait prêté allégeance. Il aurait également participé à la désignation de certaines cibles : le port militaire de Brest, et le nouvel an chinois, à Paris, « en soutien aux frères Ouïgours persécutés en Chine ». D’autres objectifs auraient été cités, comme une patrouille de police au hasard, dans la rue à Brest, et un rassemblement de gilets jaunes. Mais, chez les suspects, hormis un arc et une arbalète, aucune arme à feu, ni aucun explosif n’ont été découverts. Aucun des projets évoqués ne semble avoir été véritablement arrêté ou préparé. C’est l’approche des festivités du nouvel an chinois (25 janvier), organisées dans le XIIIe arrondissement de Paris à partir du 20 janvier, avec en final et point d’orgue le grand défilé du 2 février, qui a poussé la DGSI et le Raid à intervenir.

Au sein du groupe, avait germé l’intention de préparer des ceintures d’explosifs. Une idée du lycéen. Celle-ci sera finalement abandonnée, au profit d’une recherche d’armes à feu

Ceintures d’explosifs

Ces projets d’attentats étaient-ils de simples paroles en l’air échangées entre radicalisés montant en pression ? Les perquisitions et les gardes à vue semblent indiquer l’inverse : les sept protagonistes de ce dossier avaient, selon les enquêteurs, décidé de passer à l’acte. Les policiers ont tout d’abord trouvé de très nombreux documents numériques : propagande jihadiste, mais aussi des modes d’emploi pour fabriquer des explosifs, téléchargés très peu de temps avant les interpellations. Au sein du groupe avait germé l’intention de préparer des ceintures d’explosifs. Une idée de M. Celle-ci sera finalement abandonnée, au profit d’une recherche d’armes à feu. Elle aurait été menée, par M. et un autre membre du groupe, dans le quartier de Kérourien, à Brest. Sans succès. Les enquêteurs n’apprendront cette information qu’au cours des gardes à vue, quelques semaines plus tard.

C’est Mohamad D. qui, auréolé de son statut de jihadiste, aurait fédéré la petite communauté de radicalisés brestois interpellés le 20 janvier

Combattant de l’État islamique en 2014

Un autre suspect présente, aux yeux des enquêteurs, un profil encore plus inquiétant : Mohamad D., 34 ans. Arrivé avant l’été 2015 en France, ce Syrien a trompé la vigilance des services de renseignement et de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), qui lui délivre le statut de réfugié en octobre de la même année. Il dit avoir fui le régime syrien. Il l’aurait en fait combattu… dans le camp des jihadistes. Selon nos informations, l’homme s’est enrôlé dans le groupe État islamique au début de l’année 2014. C’est lui, auréolé de son statut de jihadiste, qui aurait fédéré la petite communauté de radicalisés brestois interpellés le 20 janvier. Tous étaient connus de la DGSI. Il y a d’abord Wahid B., central dans ce dossier, condamné pour apologie du terrorisme en 2015. Il avait également tenté de rejoindre la zone irako-syrienne en famille, en 2014. À Brest, sa boucherie halal est le lieu des rencontres du groupe. C’est lui aussi qui fait office d’interprète. À ses côtés, il y a Erwan M., 28 ans. Maçon à Guissény, à 35 km au nord de Brest, il semble être le point de connexion avec au moins trois des autres suspects, dont Christopher D., 31 ans, sans emploi, interpellé à Loc-Éguiner-Ploudiry, 38 km à l’est de Brest, et le mineur, M. Ce trio, qui a prêté allégeance au groupe État islamique, était celui susceptible de passer à l’acte. Quant aux deux derniers suspects, Mansour M., Tunisien âgé de 39 ans, qui venait de s’enregistrer comme coursier à vélo à Brest, et Marwan T., 32 ans, plombier franco-marocain installé à Brest et ayant rencontré Erwan sur des chantiers, leur rôle semble, en l’état, plus en retrait.

Les proches, dupés

« Marwan n’a jamais soutenu la moindre action violente », rapportait dans nos colonnes l’un de ses proches, effondré. « Wahid semblait avoir tourné la page de l’islam radical. Il avait des projets avec ses enfants », soutenait son entourage. Aucun des proches d’Erwan ne semblait avoir détecté sa radicalisation. Pour Christopher, converti à un islam très dur, « tout avait changé au cours du mois précédent », témoignait dans nos colonnes sa mère. « Il était devenu très calme. On pensait que tout ça, c’était fini ». Comme Mohamad D., tous semblent avoir masqué leur radicalité et, pour certains, leur volonté de passer à l’action violente ou de rejoindre la zone irako-syrienne. L’instruction en cours devrait désormais déterminer avec précision leurs liens et éventuelles implications.

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